SAINTELYON 2008

Publié le 15 Décembre 2008

L’Ultratrail, j’étais si loin de tout ça il n’y a même pas quelques semaines. Comment est ce que j’ai pu cocher la case « solo » de la page Web de la SainteLyon 2008 ?

En faite je ne le sais toujours pas ! Après coup j’ai essayé d’expliquer cet acte totalement irréfléchi. Comment expliquer rationnellement que d’un seul clic, je me suis inscrit à mon premier semi-marathon, premier marathon et premier Ultra-trail ?

J’ai trouvé plein de bonnes raisons pendant la période de préparation mais au vue de la moue dubitative de mon entourage, je n’avais pas réussis à convaincre grand monde et finalement je pense n’avoir convaincu que moi-même !!!!

 

La préparation, grand moment faisant partis de la SainteLyon à part entière. Le passage de cycliste légèrement fatigué à « ultratraileur  aguerri » c’est passé avec une méthode très simple : une sortie longue par semaine et le reste en récupération, soit quatre sorties par semaine durant 7 semaines. Juste où pas juste, c’est comme ça que je le sentais. J’ai eu pas mal de bons souvenirs de cette période. Je retiendrais ma première chute dès le premier essai dans la nuit, les cinq premiers mètres. La sortie très longue, de nuit, perdu dans la colline des quatre seigneurs en compagnie d’un sanglier et d’un chevreuil et l’ultime longue avec fred (Fredéric Desplanches) pour se convaincre que tous les deux, nous pouvions la terminer mais peut être aussi la terminer ensemble. J’ai aussi apprécié ces moments où courant sur un rythme bas régime, j’ai admiré les paysages alentours, peut être comme je ne les avais pas vu jusqu’à présent, même sur mon vélo. Dernier préjugé du cycliste qui vient de sauter. Si, c’est possible d’en prendre plein la  vue en courant et peut être même que dans la lente progression du coureur certains détails nous apparaissent encore plus beaux.

 

Comme toujours, sur ce type d’épreuve c’est la tête qui décide et toutes les théories ne sont là que pour se laisser convaincre que finalement ce n’est pas possible. Dans mon cas, c’était clair : quelque soit la météo, l’heure et la température, je serais là le 6 décembre à minuit, à st Etienne pour rallier Lyon. C’est un peu « bestial «  mais ça donne l’avantage de ne pas perdre du temps à se poser trop de questions. La seule question restante était sur quelle base pourrais-je rallier Lyon ?

En octobre c’était évident : terminer serait le but principal, en huit heures…. Et puis au fil des sorties longues, peut être dans un jour, pardon une nuit, extraordinaire un 7h30 était jouable. Je me suis donc décidé pour un 7h30 de dernière minute. Peut être trop prétentieux pour un novice mais j’avais un dossard.

 

Samedi 6 Décembre 2008

Tout était prévu et organisé par Philippe Brincard, organisation qui nous a emmenés à  St Etienne sans encombre. Pour ma part l’attente, assis anonyme comme les autres au milieu du Palais des Sports, fut très supportable, agréable même car occupée par les visites de Phillipe Ruffet (engagé en relais) et jean marie le Guinio, du repas, de la préparation et du sérieux débat sur la lourdeur de mon sac. Les derniers conseils de philippe Brincard sont écoutés avec attention, j’allège mon sac. Connaître et reconnaître l’expérience des « anciens » (pardon philippe), c’est peut être aussi le gage de la réussite. La première sensation est plutôt une impression : l’épreuve est devenue gigantesque. Ici ou là certains portent le gilet « Finisher » de l’Ultra Trail Mont Blanc, l’ultime défi du « trailer ».

C’est donc tout naturellement que j’ai pris place avec philippe dans le sas à peu près une demi-heure avant le départ. Même à ce moment, je ne sens aucunes appréhensions, peut être une certaine habitude avec les cyclosportives. Peut-être aussi un détachement assez caractéristique chez moi qui laisserai penser qu’aucune émotion m’habite à ce moment là. Je suis déjà « dedans ». Le départ ne me fera pas changer d’attitude, imperturbable même lorsque je vois philippe, nettement plus débrouillard que moi, s’éloigner dans la foule immense.

Après deux kilomètres, je ne suis absolument pas dans le rythme, je suis parti très lentement 9 km/h, pour un objectif de 11,5 !!! Mais bizarrement car contre nature, je ne me force pas et laisse le moteur chauffer doucement, l’effet SainteLyon certainement. Fred est derrière, comme à son habitude il est parti de loin. Partir de loin, il aime ça, moi moins. Ça tire déjà dans le genou gauche mais ça va tenir. La partie urbaine du départ n’est pas inoubliable mais cette progression dans le silence vers la première ascension me permet de revenir dans l’allure et cette fois j’y suis !!! Premier caillou, première glissade, première flaque et la boue !!!! La boue bien présente, elle sera là tous le temps.

Après une heure j’ai trouvé mon rythme. Je cours vers le premier relais dans mon allure. Cette fois je suis à fond dans la Saintelyon. Je sens cette masse de coureur qui avance dans un bruit rythmé par la foulée mais la nuit nous oblige à vivre c’est instant pour soi, concentré à éviter le tas de boue trop profond, la flaque trop grande, les trous, les cailloux, l’effort,…

Je commence à doubler, presque en permanence, j’ai vraiment la sensation d’être dans le rythme qui m’emmènera loin, très loin. L’électronique embarquée annonce son verdict, 142 à 148 pulsations avec quelques pointes à 158, soit quasiment jamais au-dessus de 80% de mes possibilités. Conforme aux sensations, ça peut durer un moment. L’approche de St Christo en Jarez se passe dans une euphorie raisonnée. Je n’ai pas envie de m’arrêter, trop bien.

St Christo, 1h34, 4 minutes de trop. C’est le départ qui me met dedans mais je ne suis pas inquiet, ça déroule. Je ne m’attarde pas et repart pour profiter au maximum de mes bonnes sensations.



Là c’est tout bon, les montées, les descentes, tout va bien même dans les parties super boueuses, ça se passe bien. Rien à ajouter le plaisir, je profite d’un duo féminin ultra performant. Elles sont super bien organisées et je profite de cette opportunité pour suivre mes deux  « locomotives ». La descente sur Sainte Catherine est magique et lorsque j’atteins la zone ravitaillement, le chronomètre n’annonce le verdict, 2h48, moins 7 minutes, génial. Je ne m’attarde pas plus après avoir remplie ma gourdasse. Je file dans le noir avec une poignée de pate de fruits. C’est dans une ascension au milieu d’un bois, que le premier relai passe à une vitesse détonante. J’ai perdu mes deux féminines, elles doivent être devant.
Que dire sinon que ça défile bien. Trop facile ?

C’est à ce moment que le téléphone sonne, c’est fred :

« T’es où ? »

Ben, là franchement je suis au milieu de nulle part donc ma réponse est hasardeuse, mon GPS indique 33,8. Je sais que j’ai 3 kilomètres de moins que l’organisation, après un calcul savant :

« Je suis à 37 kilomètre ».

Fred m’annonce 34 donc il est à 15 minutes derrière. Je passe presque sans un regard le ravitaillement de St Genoux, et j’aborde la montée en courant alors que beaucoup marche. La descente sera « le sommet » de ma nuit. Les groupes se constituent enfin et j’arrive sur deux ou trois kilomètres à être totalement seul.

Au loin je vois un arbre sur une colline, à son pied, quelques lucioles en file indienne. Quelques kilomètres plus loin, les lucioles sont derrières moi. Le meilleur passage, l’image qui restera. La longue descente sur Soucieu est presque une formalité. Je lâche la foulée au maximum.

Soucieu, 4h39, moins 19 minutes !!!, là je prends conscience qu’à cette allure 7 heures c’est possible et même j’arrive à me convaincre que je « pourrais faire partis du clan des 6-7 heures » sur ce rythme.  Pour assurer, j’envisage de faire une pause pour effectuer un arrêt technique pas obligatoire à ce moment là.  Deux kilomètres plus loin, l’arrêt technique est urgentissime et le téléphone sonne, c’est Rachel :

« Alors ça va ? « 

« Euh, oui, ça se passe bien»

Après quelques minutes de discussion et me sentant bien mieux, je repars, le téléphone sonne à nouveau, c’est fred pour la cinquième fois et c’est devenue une habitude :

« T’es où ? »

« Ben, je sors d’un champ  mais j’ai mal dans la jambe droite, je ralentis !!! »

Eh oui, la foulée légère a disparue. D’un coup, j’ai coulé mon pied droit dans une masse de béton. Bon j’y suis !! La vitesse ? 8km/h et encore dans un moment d’euphorie, car c’est plutôt entre 6 et 7 km/h. Enfin une ascension, je peux marcher sans fausses excuses, c’est pentu, très boueux, bref parfait !!! Voilà j’avais oublié que cela arriverait à un moment ou un autre. Musculairement ça me fait mal. Alors que deux kilomètres avant, j’osais imaginer l’impossible, là je traîne ma pénitence. La jambe droite est complètement bloquée, chaque foulée c’est une douleur. C’est sûr j’ai jamais connu ce type de douleurs. A la faveur d’une légère montée, fred est revenu, il a repris presque 15 minutes en quelques kilomètres. Ça c’est fred, départ tout doux et accélération progressive jusqu’à l’arrivée. Il avait le 7 heures dans les jambes. Il  m’attend, m’encourage à sa manière :

« Tu sais, comme tu es là, tu seras comme ça jusqu’à l’arrivée, moi je serais toi je me mettrai à courir sans y penser »

Du fred comme je l’aime, et ça marche !!!!! Finalement j’ai toujours aussi mal même en courant plus vite derrière fred. Il relance l’allure. Nous doublons à nouveau et puis ça sens très fort l’écurie. Il faut se faire mal, je regarde la montre, 7h30 c’est vraiment jouable. L’arrivée dans Lyon, sur du plat, se fait très rapidement, je regarde le GPS, 11,8 km/h. Surpris, je regarde une deuxième fois 11,5, une troisième, 12, Fred toujours légèrement devant, je me rapproche :

« Heu, fred, tu sais que nous sommes à 12 à l’heure ? »

« Ha bon !!! »

Ça ne le fera pas ralentir, jusqu’à l’arrivée. Les deux derniers kilomètres sont difficiles mais je ne lâcherais jamais ici, jamais….

150 mètres, 100 mètres, 50 mètres. Je crois que nous pouvons  être contents. J’arrête le chrono sur la ligne 7h24, moins de 7h30 pour 66km450. Deux mois avant je n’y aurais jamais cru.

 




Bien sûr c’est toujours facile de refaire la course donc pas de : et si, et si…



En revenant sur Grenoble avec Philippe qui peut être aussi content de lui, je devine au loin le Mont Blanc….

Rédigé par Chamrousse Team Cyclosport

Publié dans #Epreuves

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Commenter cet article

pierre romanet 20/12/2008 12:35

je pense que l'idéal serai de faire le parcours du tour du mont blanc "utmb" sans dossard... un jour comme ça pour soi

bravo fred et marco pour votre saintélyon même avec dossard
et sympa le récit

marco 19/12/2008 11:11

meric ludo,

c'est ce que j'ai bien envie de faire avec le recul nécessaire.
N'oublions pas que c'est et cela restera des courses sans enjeux au niveau compétition mais juste un défi personnel. Quelque -fois certains oublient ça et "s'égarent".....

Mic 16/12/2008 11:01

C'est qui le sanglier ?
Fred ?

LUDO 16/12/2008 10:52

Marco,

je te taquine en te traitant de "OUF" car tu sais très bien à quel point je suis sensible à ce type de défi car ils m'attirent moi aussi! Enfin, ils m'attiraient... Quoi de plus grisant et de plus noble que d'aller chercher nos limites dans des efforts comme ceux là? Notre status de "sportif passionné" nous a appri à aimer la période qui précède l'évènement jusqu'à en être accro, celle où on se donne les moyens de notre rêve... La nature nous a dotée d'une mécanique géniale, si forte et si vulnérable à la fois, profitons en et protégeons la!!! C'est le paradoxe, un corps super costaud et super fragile!! En celà Marco, je ne te découragerais jamais dans tes rêves les plus fous et dans celui de boucler un jour cet UTMB magic!! Pour moi, c'est l'IRONMAN d'EMBRUN qui hante toujours mes rêves...

C'est si bon d'oser vouloir profiter de TOUT et particuluèrement de ces moments d'apaisement après une souffrance physique "maitrisée" qui peut nous mener très loin!! C'est ce qui est terrible et injuste dans la maladie, on est incapable d'en maitriser la douleur!...

Alors Marco, PROFITE DE TOUT!!!

eric 15/12/2008 21:32

Bravo Marco ! Pour l"exploit sportif tout comme le compte rendu..ca donne presqu'envie de la faire cette Santelyon...Mais apres beaucoup d'annees de course a pieds je crois que je n'ai plus envie de me faire mal en courant...j'ai trop connu cela...Pour l'Utmb si je peux me permettre un conseil...commence peut etre par la version courte...histoire de d'echauffer ! En tous les cas cela fait plaisir de retrouver un beau long compte rendu sur notre web !